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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Le blog du prisonnier
“Manuel de l’évasion à l’usage des anges en cage et autres diables libertins”. Sur ce blog, “Dark Comédie”… Un texte à lire ! D’autre part, bientôt une version audio de “Mon 11 septembre 2001″.

version audio de “Mon september 11 2001″

Pour accéder à la version audio de “Mon September 11 2001″, recopiez l’adresse ci-dessous et collez-là dans la barre adresse.



http://pagesperso-orange.fr/Nito.Monteverdi/audio/Version%20audio%20Mon%20Sept%2011,%202001%20(new).mp3



Bibliographie substantifique.




Bibliographie substantifique du prisonnier

Sur le chemin escarpé de sa liberté.



 

Petit laïus d’introduction.



Lorsque qu’on est emprisonné, si toutefois on a « ce vice impuni », comme disait l’autre, on a tout le temps de lire, tout le loisir de rêver au long des lignes des livres qui nous sont comme des rails ou bien des lames de scie (des scies, mais métaphysiques) à la belle, la seule, l’unique, la merveilleuse évasion, réussie, de préférence.

 

 

Plutôt raté !

Je recommence.


Il était une fois un pauvre prisonnier qu’on avait, par traîtrise, jeté aux oubliettes, mis pour toujours à l’ombre en un sombre cachot situé quelque part dans le cœur des ténèbres.

Il était condamné à croupir pour le compte, à moisir à fond de cale jusqu’à la saint Glinglin, ce pauvre galérien, infâme relégué, encavé dans sa fosse plus qu’à moitié couverte de pelletées de terre, à deux doigts de l’oubli, au bord du précipice, pas très loin du Tartare… du requiem in pace.

Pourquoi ce traitement indigne d’un humain ?

Je ne développerai pas.

Le fait était qu’il me fallait et coûte que coûte - question de vie ou de mort, ça ne rigolait pas - (la vie ne rigole pas - l’injustice encore moins, croyez-le les amis !), soit me flinguer, soit m’évader. Pas d’autre choix, passez, muscade !

Comme j’ai l’amour au cœur, même au cœur de l’horreur, je ne suis qu’optimisme, espoir, résurrection, phénix qui veux - qui va - renaître à chaque fois qu’on l’assassine.

Il a la peau dure, ce salaud ! Mais, un beau jour, on la lui fera ! (Pas sûr, les gars ! que je réponds).

Bref, je devais faire le maximum pour me sortir de cette ornière profonde comme le Grand cañon, dussé-je gratter avec les ongles, les dures parois de ma prison. 

Mais comment faire pour commencer ? Comment creuser, privé d’outils ? Comment avancer dans le noir sans une loupiote, sans une boussole pour m’indiquer une direction, le Nord qu’on m’avait dérobé ?

Ce sont questions qui se posaient. D’autant plus que j’étais aveugle, oui, aveuglé par mes geôliers, tel l’est Œdipe par son Malheur !

C’était beaucoup pour un seul homme, privé de sens et de raison, qui plus était. J’étais si jeune, si délaissé, abandonné à mes démons.

Ni père ni mère, ni Dieu ni maître… Désespéré… mais espérant.

Profond mystère caché, enfoui, à peine, voire même, soupçonné, vaguement senti ou pressenti.

Comme je désirais l’éclairer !!!


(à suivre)


« Evangiles de Jésus et Apocalypse » de Luc, Marc, Matthieu et Jean ;

« Comment se faire des amis » de Dale Carnegie ;

 « Les grands initiés » d’Edouard Schuré ;

 « Dialogues avec l’Ange » de Gitta Mallasz ;

«Tao te King » de Lao Tseu ;

« Yi King », traduit par Richard Wilhelm ;

« Les entretiens de Confucius », traduit par Pierre Ryckmans ;

« « Appel aux vivants » de Roger Garaudy ;

« Conversations avec Dieu » par Neale Donald Walsch ;

« Dictionnaire des symboles » par Jean Chevalier et Alain Gheerbrant ;

« Petit traité des grandes Vertus » de André Comte-Sponville ;

« Le Zohar » de Moïse de Léon et la Tradition ;

 « Nos pensées créent le monde » de Martine Castello et Vahé Zartarian ;

«  Le Tarot magique » de Frédéric Lionel ;

« La peur des femmes » de Wolfgang Lederer ;

« L’art d’aimer » de Erich Fromm,

Le symbolisme du corps humain » de Annick de Souzenelle ;

« Le Tiers instruit » de Michel Serres ;

« Aïon », « Ma vie » et autres écrits de Carl Gustav Jung ;

« Le Yoga tibétain et les doctrines secrètes », traduit par Lama Kasi dawa Samdup ;

« Le manifeste archaïque » de Laurent Dispot ;

« Ainsi parlait Zarathoustra » et autres œuvres de Friedrich Nietszche ;

« Sociologie du dragueur » de Alain Soral ;

« Œuvres complètes » de Carlos Castaneda et Don Juan ;

« Je vois Satan tomber comme l’éclair » de René Girard ;

« Principes de la Nature et de la Grâce », « Monadologie », Essais de Théodicée », etc, de  G.W. Leibniz ;

« L’art d’aimer » d’Ovide ;

« Dieu d’eau » de Marcel Griaule ;

« La langue hébraïque restituée » de Fabre d’Olivet ;

« Avant le Big Bang » de Richard Sünder (titre et auteurs originaux) ;

« Que dites-vous après avoir dit bonjour ? » (analyse transactionnelle) de Eric Berne ;

« Gestalt therapy » par les Docteurs Perls, Hefferline et Goodman ;

« Les sept livres sapientiaux et les textes prophétiques» extraits de la Bible ;

« Organisez votre temps, maîtrisez votre vie » de Charles Hobbs ;

« Le chemin le moins fréquenté » du docteur Scott Peck ;

« Le millionnaire instantané » de Marc Fisher.

« Castaneda - La voie du Guerrier » de Bernard Dubant et Michel Marguerie

(Tout à la fois, une introduction à/ et une synthèse très éclairantes de l’œuvre de Carlos Castaneda.)

22 novembre 2007 - Aucun commentaire
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“Quand je vois passer un bateau…”

Chers amis encagés, engeôlés,  prisonniers, enfermés comme moi dans la prison du monde qui rêvez, comme moi, de vous en évader !

Chers emmurés vivants, mes poteaux de cellule, mes copains de Centrale qui, tels des Spidermen et des Spiderwomen ou bien des Catwomen, se glissent dans la Toile et prennent le fil-de-l’air pour aller voir ailleurs si la vie est meilleure, moins avare d’aventures et plus riche en amour !

Chers immatriculés, morpho-identifiés, listés, scrutés, filmés, tracés, numérisés et passés au scanner, j’en passe et des meilleures (je devrais dire des pires), je vous joins,  ci-après, je ne sais trop pourquoi, ça m’est venu comme ça (c’est la faute au nagual, comme dirait don Juan ; on en reparlera), le texte d’une chanson que je viens de copier sur un site Internet, d’un auteur, à présent, tout à fait disparu, y compris des mémoires de la plupart des gens (c’est cela qui est le pire) !

Chanson que j’écoutais quand j’avais 14 ans qui enchantait mon âge plein de sève et d’espoirs dont beaucoup ont failli (pour ne pas dire fait faillite si lamentablement… Mais tel l’oiseau Phénix, je renaîs de mes cendres perpétuellement, rassurez-vous, mes grands).
Chanson que j’aime toujours, après tellement d’années passées comme des vagues sur cette antique épave.
Chanson qui m’emportait, loin et près à la fois, jusqu’au fond de mon coeur, le regard en voyage.

Que j’adorais chanter et que j’ai si souvent fredonnée par la suite, comme ça, à l’improviste quand me venait le mood, le sentiment précis qui s’interconnectait à ce cher souvenir et le désensablait, lui redonnait la vie.
Plutôt dire un semblant, car je ne me souvenais plus, à vrai dire, que de peu, de très peu de ce texte, le début seulement, les 3 premières lignes.
Mais ce fut bien assez pour que l’ami Google me retrouve le tout (quoique en format réduit difficilement lisible), me rappelant aussi, par la même occasion, le nom de son auteur que j’avais oublié et dont je ne sais plus rien (quelqu’un de vous sait-il ?) à l’heure où je vous poste :


Il s’agit de Guy Bontempelli.

Qu’honneur lui soit rendu ainsi que mon respect et ma reconnaissance.


P.S.  Si j’en retrouve la musique ou quelqu’un d’autre d’entre vous, je ferai tout pour la poster sur “Le blog du prisonnier”.



Nito Monteverdi





Quand je vois passer un bateau… »

 

(paroles et musique de Guy Bontempelli)


 

 

 

Quand je vois passer un bateau,

J’ai envie de me foutre à l’eau

Et d’enjamber le bastingage

Et vivre entre le ciel et l’eau,

Le reste de mon âge.

 

J’ai envie d’aller où il va,

Remonter le long de Java.

Descendre à terre, le soir, au mouillage

Et rire comme un étranger

D’un rire qui fait éclater

La rose bleue d’un tatouage.

 

J’ai envie d’aller loin d’ici

Brûler ma vie dans ces pays

Où les cargos éventrent les collines.

Aller de Manille à Cuba,

Changer le coton en tabac

Et le tabac en cocaïne.

 

Plonger le poing rongé de sel

Dans le corsage d’arc-en-ciel

D’une Chinoise ou bien d’une Manouche

Et prendre ses seins tout petits

Comme des œufs au fond d’un nid

Pour les écraser sur ma bouche.

 

Tailler, le couteau bien en main,

Une balafre à mon destin

Et enlacer ces filles malhonnêtes

Qui par un mouvement des reins

Allument le sang des marins

Au fond des clandés de Papeete.

 

Défilant le long du bateau,

Regarder les champs de pavots

Semés de filles à la démarche étrange.

Le pan de la jupe fendue

Bat l’amble sur des jambes nues

Juteuses comme des oranges.


Quand je vois passer un bateau,

Je rêve de me foutre à l’eau

Et n’ai besoin d’autre sésame

Que d’être là à mon piano

A rêver sur la gamme.

 

 

“Mon 11 Septembre 2001″ (suite 1).

 Chers amis internautes, « chose promise, chose due », voici enfin postée la suite de la nouvelle « Mon September 11, 2001 ».


J’attends impatiemment vos commentaires (critiques, encouragements, voire anecdotes perso sur ce jour mémorable) et je vous souhaite à tous une très bonne lecture.


Nito Monteverdi.


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Abstraction faite de ma fiancée, deux et seulement deux de ces filles laissèrent une trace dans mon D.D. Quant aux deux autres, elles disparurent, probablement à tout jamais, dans les dédales de mon passé. Manque de beauté ? - Probablement ! De personnalité ? - Sans doute ! Je ne parlerai donc, succinctement, que des premières évoquées.


L’une était cette longue liane qui ne buvait que du soda que nous venons de distinguer.

Elle faisait partie de ces femmes qui me surplombent sous la toise et celle-ci, c’était de beaucoup. Des femmes qui m’ont, depuis toujours, infiniment impressionné, séduit, tenté et subjugué. Femmes, à mes yeux, telles un fantasme, une obsession très familière : Jeunes géantes baudelairiennes qui me tiendraient contre leurs seins, bonnes ou cruelles, en leur giron, que dis-je et mieux, cette rêverie, entre toutes autres, récurrente et, d’entre toutes, la plus ancienne et engravée en ma mémoire, rêve perdu de mon enfance où j’étais au jardin d’Eden avant que d’en être chassé injustement et sans motif (aucun, du moins, que je saisisse ou que je puisse décrypter), rêve - vie ? Qu’était-ce donc, alors ? - où, amoureux, j’étais antan - temps lointain, ô, temps fabuleux ! -, Adam, petit enfant mais preux et animé du fol amour, un amour éperdu et pur, d’une belle géante Eve qu’avait épousé mon papa.


Elle avait pour prénom Linda, notre nouvelle connaissance, me remémore utilement, à son propos, mon agenda, ce témoin fidèle et précieux qui m’est resté de cette année, en tous points, extraordinaire (année des stèles abattues), usant d’une simple notation que n’assortit nul commentaire ce, d’autant plus à bon escient que je l’avais bien oublié, ce sacré prénom d’un canon et Linda l’était diablement. Le contraire m’eut d’ailleurs heurté, sachant que linda veut dire belle en la langue des Castillans.

De la plastique de Linda, du haut de ses six pieds six pouces en descendant jusques en bas, il n’y avait rien à jeter, sinon cette ombre à son tableau qu’elle était maigre comme un clou, selon mon goût, mon idéal. Et pire encore, éventuellement, si l’on considère les critères, dont elle se rapprochait beaucoup, qui définissent ce fléau : anorexique, effectivement.

Si élancée, si peu en chair - à peine plus d’une once de graisse, ni seins ni fesses, la peau, les os -, bien que musclée et calibrée au format sauteuse en hauteur, aussi légère qu’une plume, frêle roseau ployable au vent, telle un fragile tanagra, c’est ainsi qu’elle se présenta et qu’elle m’impressionna d’entrée.

Mais cela cachait autre chose qui, bientôt, se manifesta, à la longue, à la côtoyer.
Elle me semblait un peu malsaine, pour tout vous dire de mes pensées.

Puait un peu, charge aggravante, premier revers d’une médaille qui aurait dû être superbe et d’un éclat mirobolant. Pas lavée, certes, depuis lurette, à tout le moins, un certain temps, ce qui était fort déplaisant à mes narines délicates.

Et diantrement mal élevée, si l’on en vient au plan moral, en outre, par-dessus le marché.

Ne connaissait pas le respect (tant pour autrui que pour elle-même, je me dois de le préciser), deuxième accroc dans un ouvrage qui cependant, vu à distance, ne manquait pas de vous charmer, que dis-je, de vous taper dans l’œil à vous en renverser, du coup.

A contrario, vous incitait, par ce dédain frisant l’insulte et cette morgue qu’elle avait et affichait impunément, cette géante inaccessible (elle en jouait, de sa hauteur), à couper ponts et passerelles entre sa majesté et vous, à ne plus la sentir, non plus, sentimentalement parlant.

Sans compter, pour la rhabiller (elle en eût eu un grand besoin) et lui tailler une robe d’hiver en bure et chanvre de cordage, qu’elle affichait un genre vulgaire de par son vestiaire minimal, la minijupe au ras du cul garni d’un string qui dépassait sans pudeur et mal ajusté, le maquillage à l’avenant, en débâcle et dégoulinant, ses jolies dents enfin, pas nettes ; tout pour vous plaire, on le constate ! Bref, dans son genre, une vraie punkette (- Elle en avait ? - Des piercings ?… oui !), bien qu’Africaine, une nihiliste (ce qui détonne à mes oreilles) qui proclamait, par tous ses gestes, ses attitudes de défi, ses regards comme des crachats et du fond de son cœur durci, (sans doute, en outre, aussi, meurtri), au monde entier, moi le premier, son plus complet je-m’en-foutisme et son mépris le plus parfait.

« Leave me alone ! Semblait-elle dire, proclamait-elle muettement, à tous les vents, à tout instant. Fuck you, bastard ! Go suck my  ass ! ». Se rendait ainsi détestable, digne de haine, d’abhorration.

Peut-être était-ce, ce qu’elle cherchait, malignement, par diablerie ? A moins qu’elle ne fût malheureuse - c’était une probabilité au coefficient élevé que, malgré mon ego froissé, il me fallait envisager avec la plus fine acuité. Mieux ! C’était même une présomption aux indices plus qu’établis ; il ne fallait point être augure pour, en sondant, le supputer.

Au bout d’un temps, ce fut patent à mon esprit, presque aveuglant : Cela lui donnait des boutons, ce qu’elle faisait, son job pourri, cet exil miteux vers Nowhere in Neverland en Occident, devenu son chemin de croix ; de vrais boutons, dois-je préciser.

Car on ne pouvait que constater, si l’on zoomait enfin sur elle, qu’elle en avait un peu partout, de haut en bas, sur tout son corps, sans épargner son beau minois (Quel dommage ! Comme c’était fâcheux !), de ces boutons si disgracieux et autres rougeurs de grattage qui, ainsi, la défiguraient, la marquaient, tels des stigmates, Eve - Une encore ! - chassée d’Eden.

Je n’épiloguerai pas plus loin. Cette fille fut pour moi un mystère qui ne se révéla jamais et dont je n’eus jamais la clef, ce, par l’effet des circonstances, événements, péripéties qui  constellèrent nos deux histoires dans le temps bref, aléatoire, du croisement de nos deux routes. Exit Linda. Non, pas encore ! J’escomptais bien de la revoir…

En attendant, capteurs avides, mes yeux, de beauté, affamés (à-femmés, dirait Nougaro), ne pouvaient guère faire autrement que se poser concurremment et de façon alternative, sur la seconde distinguée des belles évoquées plus haut.

Pour la distinguer de Linda, celle-ci était son opposée, son antidote, son pôle sud, à tous égards et tous points de vue. Elle se prénommait Roberta et pour autant qu’il m’en souvienne (mon agenda n’a rien sur elle), mais je n’en suis plus tellement sûr.

Que dirai-je donc à son sujet ?

Le fait était, quoi qu’il en soit, qu’elle avait des roberts superbes (Ah ! Du nichon de premier choix !), de beaux melons de gros calibre, on eût presque dit des pastèques, tant ils étaient volumineux, deux globes énormes et parfaits, lesquels, combien généreusement, montrant leur texture savoureuse, n’arrêtaient pas de déborder joyeusement de son corsage si échancré, si provoquant, de me sauter aux yeux sans cesse à mon corps défendant ou pas - ça dépendait, je vous l’avoue -, dignes d’admiration, enfin, pour leur magnificence ultime et de tout mon respect sacré pour leur divine rotondité.

Car, pour filer la métaphore à cette échelle mythologique où il me plait de l’élever, elle était Flore, en vérité, son actuelle incarnation, là, sous mes yeux éberlués et fascinés par sa vision aux attraits, sans fin, renaissant, titillant mon désir sans fin, chair florissante et prometteuse de fruits nombreux et délicieux, exubérante et généreuse incarnation et pur symbole d’abondance et de satiété. Bref, toute rondeurs et volupté, parangon de féminité assorti d’une totale douceur, en dépit d’une extrême jeunesse qu’on ne pouvait pas ne point noter.

C’est ce que je fis moi-même tantôt, quand je réalisai la chose, non sans un peu d’effarement. Elle n’avait pas même dix huit ans, peut-être même pas seize printemps.

C’était un fait des plus probables, tant ses traits étaient, sans conteste et sans nulle fraude concevable (cette si belle peau ne mentait pas, ne le pouvait aucunement) juvéniles, frais, neufs, nouvelle vague, toute dernière génération.

Adolescente merveilleuse, jeune fille en fleur hyper mignonne (et nous irons « voir si la rose… »), emplie de foi en l’avenir qu’elle incarnait de toute sa force et de sa juvénile ardeur, enfant candide aux yeux de biche et aux œillades insignifiantes, du moins, pour quelque temps encore, mais au charme dévastateur, capable d’éveiller en moi, j’en étais sûr, me connaissant, pour peu que je m’y fusse frotté, encore un temps, d’un peu trop près, le plus fou des amours locos (façon Dali et Buñuel) qu’on eût jamais imaginé. (Lors, pas question de m’y risquer : péril suprême en la demeure, départ fulgurant d’incendie; halte-là, donc !). Enfant, pourtant, jetée, hélas ! - c’était le hic… combien honteux, combien dégradant pour l’Humain et notre civilisation (sic), Ah ! Lamentable, infiniment ! -, sur le marché, cela s’imposait comme une donnée économique, considérant son extraction et sa provenance non garantie, de la global prostitution, sans pitié et sans rémission.

Mais, à nouveau, sur ce sujet, je ne m’aventurerai pas plus loin, je m’en tiendrai là et basta !

A l’instar de Linda, la route de Roberta ne croisa pas la mienne suffisamment longtemps pour que j’aie eu loisir de la connaître mieux et jauger son parcours. Elle aussi, à jamais, restera hors d’atteinte de mes pauvres analyses et de mes hypothèses. Ce ne sont que des esquisses et elles le demeureront.

Quel dommage cependant ! N’eût-ce tenu qu’à moi (et perdue pour perdu), j’eusse été volontaire pour une croisière lointaine avec elle, en duo, une longue virée à son tendre côté, tant elle était radieuse et rieuse, cette go !

Tant étaient positifs, son côté lumineux, sa combativité de guerrière impeccable, au contraire de Linda qui se laissait aller, « comme une fille de pute » (ainsi qu’eût dit don Juan), alors qu’elle, restait fière et heureuse de vivre en défrichant sa route, luttant pour avancer en des terrains minés, en toute sérénité, infiniment confiante, à toute heure, en tout lieu, en sa féminité - qui était souveraine ! Elle avait bien raison.

Pour en revenir au groupe que nous constituions - ô, combien volatile, éphémère tribu tout à fait improbable, quasi inexistante ; à présent, disparue, sans laisser zèf de traces… : la preuve, ainsi, est faite ! -, nous eûmes le plaisir, enfin, de voir venir tous les mets excellents qu’elles avaient commandé, extorqué, devrais-je dire, au serveur de retour qui se faisait aider pour leur porter les plats, sauces, bouteilles et verres et un tas d’autres choses.

Le tout à peine posé, ces cinq doigts de ma main que je vous évoquais naguère avec audace (si ce n’est un brin d’orgueil), mes trésors, mes négresses, mes compagnes de meute et dames de lignée qui avaient rang de reines - elles étaient mes  black queens -, se mirent à dévorer, sans demander leur reste (pas même, « Have a good meal ! »), avec leurs faims de louves, de leurs dents acérées. Et je les regardais, ironique et discret, rêveur aussi, un peu, en sirotant mon drink à petites lampées.

Las ! De les voir manger, ainsi, sans se priver, mes gentes damoiselles voisines de tablée et, à belles bouchées, avaler leur festin d’un appétit joyeux et féroce à la fois, emplies de sensations, pleines d’un sentiment qu’exprimaient grognements et soupirs de plaisir, l’eau me vint à la bouche, tout autant que l’envie que j’avais d’y goûter, d’en être, de leur bande, de partager leur joie aussi bien que leur riz autour de cette table, au cours de cette cène.

Anita le sentit qui vint à ma rescousse. Qui, me voyant ainsi, mi contrit, mi envieux, me prit dessous son aile et, comme à son poussin (sous l’œil de ses consoeurs qui mataient, l’air narquois, dont une ou deux pouffèrent), me donna la becquée ou ce qui s’en approche le plus chez les humains.

Hormis une trahison, une sombre histoire d’espion que je vous narrerai en d’autres temps et lieu (comme tout bon feuilletoniste, j’en garde sous le coude), ces instants fabuleux ne furent plus entachés par aucun incident.

Merveilleux, ils passèrent, comme passent les rêves et, comme dans l’azur, passent les beaux nuages qu’on voudrait arrêter mais ils passent quand même et les rêves avec eux.

Tels ils étaient, du reste, l’un ressemblant à l’autre, tels ils sont désormais, ad vitam aeternam.

Anodine dînette à l’heure des vampires, couvant bien des splendeurs qui n’ont jamais mûri, surhumaine communion restée inaccomplie, infinie, à jamais. Ainsi soit-il ! Amen !

 Sur l’agenda que je tenais (ça aussi, j’ai laissé tomber), vieux témoignage conservé sur ce qu’était ma vie d’avant, à la date, plus haut, citée, j’avais noté ces quelques lignes :

« 3 heures du mat.

Au « circuit » avec Anita et quatre de ses « sœurs ».

Doux et délicieux moment.

Grâce légère et passagère mais indélébile forever.».


 

ڇ ڇ ڇ ڇ ڇ ڇ ڇ ڇ ڇ ڇ ڇ

پ א پ א پ א پ א پ א

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♪♫♪♫♪♫♪♫♪

ΩΩΩΩ

 





« Ma tu anima mia se mai ritorna

La tua fredd’ombra a queste amiche piagge,

Prendi or da me queste tue lodi estreme,          

Ch’or a te sacro la mia cetra e’l canto.

Come a te già sopra l’altar del core

La spirto acceso in sacrifizio offersi.

Tu bella fusti e saggia, e in te ripose

Tutte le grazie sue cortese il cielo,            

Mentre ad ogni altra de suoi don fu scarso.

D’ogni lingua ogni lode a te conviensi

Ch’albergasti in bel corpo alma piu bella,

Fastosa men quanto d’onor più degna.

Or l’altre donne son superbe e perfide

Ver qui le adora, dispietate instabili,

Prive di senno e d’ogni pensier nobile,

Onde a ragion opra di lo non lodansi,

Quinci non fia giamai che per vil femina

Amor con aureo stral il cor traffigami. »



Alessandro Striggio.


(Livret de L’ « Orfeo » de Claudio Monteverdi - Acte Cinq)




Le lendemain, au réveil, sous le coup des émois et de l’enchantement que je viens d’évoquer, sur ce même agenda qui nous a renseigné et comblé nos lacunes, du moins, partiellement, à deux ou trois reprises, à la date du 8 septembre 2001 - c’était un samedi, pour être très précis ; nom de la fête du jour : Nativité N. Dame (- N. comme quoi ? - Nouvelle Dame… de cœur ! - De qui ? - Mais de votre serviteur ! ); 251 ème jour de l’année ; 114, encore, à tirer -, d’une plume enthousiaste, j’avais écrit ceci :


“Romance (« A fine romance » all in English)

With my new black queen Anita

(I called her Atina, explaining her that it was a goddess’name),

Magnifique Nigériane rencontrée cette nuit. ».


Et puis, le même jour, mais au bas de la page, cette fois, car bien plus tard, j’avais noté, en outre, ceci, de plus précis et quoi qu’il en parût :


« Anita à Our pour un court séjour incognitos.

« Retour à Bx ensuite. L’ai raccompagnée sur les quais.

« Pas pu lui donner le total des 1000 promis ;

« 700 seulement.

« Elle a repris son job. »


Cela n’en disait guère mais cela dirait tout aux curieux que vous êtes, chers lecteurs émérites, si je prenais la peine de vous le développer.


Culotté, comme j’étais, spontané, tête brûlée, plus risque-tout, tu meurs, à tort plus qu’à raison, souvent, très rock n’roll, étant un vieux rebelle, bravant l’interdiction édictée par Rosa, ma trop fière compagne, de laisser pénétrer aucun de mes tapins en son propre logis - Dieu, non ! Oh ! Quel affront ! Quel affront scandaleux ! -, moi, pour autant, si tendre, si affreusement tendre - ô ! -, si manipulable car si abandonné, je l’avais amenée, cette nouvelle fiancée (c’était une habitude qui remontait à loin), jusqu’au sein de ma ville, jusqu’au cœur de mon antre, caveau de mes secrets… sanctuaire de mon couple aussi… Vous rigolez !

Oui, c’était culotté, sincère, voire même con - ô ! Très probablement ! Tout cela, en même temps, conjointement lié en un seul mouvement dynamique et fatal.

A strictement parler (en pure vérité), je n’avais pas le choix (je n’avais plus le choix, ayant déjà choisi) ; j’avais la mort aux trousses, tel le héros d’Hitchcock. Je ne pouvais qu’avancer avec mes maigres forces vers l’œil de ce typhon irrésistible, inouï : Avanti ! Adelante ! Et rester impeccable.

Irrésistible, inouï, disais-je, mais prévisible - et ô, combien, hélas ! -, tant elles étaient convenues et stéréotypées, nos histoires humaines, si pauvres en variations.



Hier au soir, sur « Arte », j’ai vu incidemment et comme par hasard (mais ce mot n’est qu’un leurre, vous le savez, n’est-ce pas ?), un film qui m’a capté, piégé, hypnotisé, scotché à mon écran. Son titre : «Lady bar ». Le nom de son auteur : je ne m’en souviens plus. Je n’ai gardé en tête que le prénom de cette actrice qui tenait le rôle principal : une Thaïlandaise nommée Dao (Paratee, me précise Google). C’est elle qui en était le sel, c’est elle qui m’a ensorcelé.

Il faut dire qu’il y avait de quoi, tant elle illuminait ce film avec un art très consommé et un naturel stupéfiant à la mesure de son talent et de son charme irrésistible, si merveilleusement traduits (bravo au réalisateur !) en images qui me parlèrent et m’émurent jusqu’à la moëlle.

Ah ! Dieu des cieux qu’elle était belle en ses juvéniles attraits, grande, élancée et très bien faite, d’une élégance extraordinaire, sexy, sensible à en mourir !

Et puis surtout et avant tout, elle me rappelait bien des choses, des histoires que j’avais eues avec plusieurs de ses pareilles, ou du moins, ses équivalentes, des filles qui, sans lui ressembler, partageaient avec elle beaucoup, des filles que j’ai connues jadis, dont je chéris les souvenirs comme des instants privilégiés, des preuves fugaces mais évidentes d’une certaine bénédiction.

Mais je ne m’étendrai pas plus loin sur ce sujet cher à mon cœur, dussiez-vous en être frustrés. Si ce n’est pour une, tout spécialement, dont je reparlerai sans faute dans le courant de cette nouvelle.

En attendant, mes bons amis, examinons plutôt l’intrigue de ce film métaphorique d’autres histoires que la sienne, celle, qu’ici, je vous raconte, faisant aussi partie du lot.


Le héros masculin est un Français plutôt moyen, entre trente cinq et quarante ans, chef de chantier très bien payé qui bosse à l’international.

Situation matrimoniale : Marié fraîchement divorcé (en réalité : trompé, puis largué comme une merde par sa moitié et future ex) et quelque peu déboussolé par cette épreuve inassumée ; pas d’enfants, par bonheur, issus de cette union.

Il est, actuellement, en vacances en Thaïlande, afin d’y reprendre des forces, du recul, du repos, il ne sait plus trop (ou bien pour y reprendre pied ?), ceci en compagnie de son meilleur ami, en qui il a confiance, à qui il se confie et réciproquement.

Depuis son arrivée à Bangkok (c’est la toute première fois qu’il vient dans ce pays), sa principale activité consiste en des parties de golf  (en néophyte, là aussi), sous la houlette de son ami choisi pour coach et pour mentor, chaque matin que Bouddha crée, sur un green, près de leur hôtel.

Son frère de coeur, à l’opposé, ne l’est plus guère, néophyte (et sûrement pas bleu-bite, non plus), que ce soit dans le jeu du golf ou dans celui, si doux, du Sexe (la majuscule, c’est fait exprès), mais doux-amer est plus exact.

Car ce diable en est, en effet, (Ah, Dieu ! Satané libertin ! Damné dépravé ! Saligaud ! Maudit sois-tu, libidineux !), à son troisième séjour béni en ce royaume du Cul divin dans son Jardin paradisiaque (je veux dire pays d’O riant), de cet amour-félicité qui flirte avec son précipice dans des jouissances insensées, épices et moiteurs de santal, de cet amour ensorcelant où toute femme est ton miroir qui te reflète, tel que tu es.

Négligeant les conseils de son sage adviseur mais aussi tentateur - ce diable est, certes, un initié sachant qu’ici-bas, tout se paye, à commencer par les nanas (dans un monde capitaliste, argent = sécurité : c’est mieux pour élever bébé, c.q.f.d.) -, au profit des sots préjugés qui restent ancrés dans son esprit et l’amarrent à ses illusions, contre vents et marées, notre héros s’entête, niant toute évidence, y compris la cruelle expérience dont il sort, dont il n’est pas sorti, cherche l’amour, le vrai, celui qui ne ment pas, qui ne demande rien et surtout pas d’argent pour sa contrepartie, mais se donne tout entier, au contraire, bravement, en attendant son reste.

Un amour, à la fois, conjugal et sensuel, par-dessus le marché et si vous permettez (ben voyons ! Allons, faites !), c’est beaucoup demander, n’est-ce pas, amis lecteurs ?

Et c’est bien là que le bât blesse car, se refusant à comprendre, il se refuse aussi à voir.

Heureusement pour son éveil, dans un bar-club de Pattaya où son ami, finalement, surmontant toutes ses réticences et ses infinies simagrées en le manipulant un peu (mais dans son cas, il faut ce qu’il faut), a réussi à l’entraîner, la lady bar déjà nommée va nous le secouer, ce lourd, et lui remettre, vite-fait-bien-fait, ses bleues mirettes en face des trous.

S’ensuit une merveilleuse histoire d’amour pleine de passion et de tendresse et de la beauté partagée, mais qu’empoisonne évidemment, pratiquement dès le début, le maudit fric si décrié, si infâmant pour le novice et qui finit par tout gâcher.

Mais comme cet homme (heureux élu !), d’amour ni de pognon ne manque, il se rattrape in extremis, c’était moins une, mes bons amis, après de terribles disputes et de cruelles séparations. Et notre histoire se termine sur les heureuses retrouvailles de Superman et sa câline, parfois si dure, mais si divine Thaïwoman.


Or, comment connecter et puisqu’on y revient, cette love story joliment exotique à ma story perso, certes, bien moins glamour ? Elles sont si différentes ! Il ne nous semble pas qu’elles aient des points communs ! Où est donc le rapport, m’interrogerez-vous ?

Et je vous répondrai, tout sourire et très zen :

Il n’y a rien de plus simple !

Il y a quatre ingrédients également présents dans nos deux scenarii (comme dans tous les autres, à de rares exceptions) : Amour, sexe, argent, statut social (puissance, prestige), tous interconnectés. Point n’est être sorcier que de les repérer.

Considérons donc que, dans une large mesure, à des variantes près, selon ma théorie, tous deux devraient donc être, sinon copies conformes, du moins fac simile. Et pourtant comme ils sont différents, l’un de l’autre !

C’est que, dans l’un des cas, celui de «Lady bar », la fiction étant reine, le scénariste roi, la production aidant et donc, en tout confort, le bienheureux héros bénéficie (ce con ! parole de hargneux) des 4 boucliers (doublés d’armes de jet) cités un peu plus haut, ce qui lui facilite sensiblement la tâche.

J’étais, de mon côté, nettement moins bien armé sur mon propre tournage assuré sans répètes, sans aucun repérage, à la va-comme-je-te-pousse, Allons-y, Alonzo ! Bref, beaucoup plus folklo et beaucoup moins jet set. Car des quatre attributs : javelot merveilleux, jaquette de survie, assurance tous risques, jupitérienne égide qui ceignent les épaules viriles du héros, d’eux d’entre eux me manquaient et cela changeait tout : l’avenir, l’horizon et leur fruit, le destin.

Qu’on n’aille plus chercher midi à quatorze heures ; le hiatus est ici et nulle part ailleurs. C’est bien ici l’α de la bifurcation, le hub de divergence qui implique d’emblée un changement de programme. C’est là qu’était le bug.

Cette pierre d’achoppement, cause des désillusions qui restaient à venir, consistait en ceci :

De l’amour, j’en avais, à ne plus savoir qu’en faire, j’en étais saturé (enfin, là, j’exagère) ;

Pour le sexe, même topo : j’avais tous les moyens, sans vouloir me vanter - énergie, appétit, fantaisie, endurance -, de combler ma chérie et l’envoyer au ciel de mille et une manières.

En revanche, où ça merdait (j’en souffrais, croyez bien, le martyre quotidien. Cela faisait des lustres, voire des années-lumière que durait cet état dont je vous ai touché un ou deux mots, je crois, qui ne faisait, pour l’heure, qu’empirer, s’aggraver, malgré mes vains efforts, mes fiers élans brisés), où ça merdait, disais-je, où ça n’allait pas fort, où tout se dézinguait et partait en quenouille et en jus de boudin, c’était sur ces deux points, tout à fait, essentiels en notre société pour y faire son trou et sa place au soleil : Le statut et l’argent.

Ah ! C’en était rageant ! Ca sur-déterminait et vouait à l’échec, d’avance, tous mes actes, sapait mes fondements, ruinait ma liberté. Comment m’en libérer ?

Telle était ma question, ma torture permanente, mon propre Golgotha.

Aussi vrai qu’on me nomme Benito Salvador Hernàn Achille Léonard Ovide Monteverdi, alias « ChériNitoboy », je n’étais pas bien loin du sombre château d’If, ma liberté rognée telle une peau de chagrin et qui s’amenuisait par retraits successifs, semblable au pitoyable et triste Edmond Dantès muré dans sa prison qui se démène et geint, avant qu’il ne devienne, par la grâce de Dieu et d’un trésor caché, le comte que l’on connaît.

Mais par disgrâce divine ou toute autre raison, je n’avais, par malheur, découvert nul trésor ni quoi que ce fût de tel qui pût me délivrer et je demeurais donc, rien de mieux, rien de plus, qu’un pauvre prisonnier dont l’unique espérance et la seule obsession étaient de s’évader.

Rêvant seulement du temps et avec quelle ferveur, obsession familière qui me venait souvent, de devenir, à mon tour, un jour de grand soleil, franchissant la barrière, le gué de la fortune, de l’accablé de dettes, d’épreuves et de tourments qu’était Monteverdi, marqué d’un matricule et le boulet au pied, le fabuleux et fastueux et prodigieux et légendaire Earl of Montecristo himself, or his alike.


Pour en revenir à notre histoire et clore ainsi cette rocade autour du sujet principal par une ultime déviation, j’en reviendrai à cette note inscrite sur mon agenda, déjà livrée un peu plus haut, pour vous rafraîchir la mémoire :


« Anita à Our pour un court séjour, incognitos.

Retour à Bx ensuite. L’ai raccompagnée sur les quais.

Pas pu lui donner le total des 1000 promis ;

700 seulement.

Elle a repris son job. »


En relisant ce texte, bien plus que les images (je n’en vois presque plus ; on les a censurées et mises à la corbeille), il me vient à l’esprit mes défauts principaux.

Clairement évidents, ils me sautent aux yeux, filtrés et décantés, à travers le passé.

Outre que j’étais con, ce qui est avéré, mais, après tout, normal, je souffrais d’autres maux, d’autres tares affligeantes et si déconcertantes qu’elle me rendaient dingo, me mettaient hors tempo, me jetaient hors la loi, pauvre idiot éjecté hors du monde guidé par le calcul réel en valeur actuelle, vers des sphères inconnues, des zones exogènes, bref, à côté de la plaque, complètement à l’ouest.

Le plus grave, sans conteste, était mon bavardage. Moi, si loup solitaire quand j’étais entre soi, soit la plupart du temps, dès que j’avais, devant moi, qui me tendait l’oreille, avide de renseignements, friande de secrets, une de mes conquêtes, c’était plus fort que moi, je devenais loquace, ne pouvant m’empêcher d’ouvrir en grand les vannes du moulin à paroles pour débiter, non stop, en tranches de vie saignantes, mes minables avanies.

« La parole est d’argent mais le silence est d’or ».

Je devenais, de la sorte, totalement transparent, exposé par moi-même sur la place publique, ouvert à tous les vents favorables ou nuisibles, dévoilé sans pudeur ni prudence, du coup, chevalier sans armure offert à l’ennemi et qui croyait bien faire… combien j’étais naïf ! Combien mal décoffré !

Mais le pire dans tout cela, c’était l’aveuglement, aveuglement têtu et quelquefois si dense qu’il me faisait me prendre, grand Dadais que j’étais, à mes heures choisies, pour un grand séducteur, un manipulateur !

J’étais tout le contraire, j’étais si manoeuvrable, je rejouais toujours le même scénario.

Pareillement, il en fut avec mon Anita. Toujours les mêmes conneries dans la même ordonnance, tempérées seulement par mon mauvais Anglais qui modérait nettement mon flux confessionnel - c’était un avantage, cette sobriété. Mais question transparence, là, ce fut le bouquet.

Pourquoi l’amener à Our ? Dans quel but incertain et, à moi-même, opaque ? Qu’avais-je donc à l’esprit, sinon, dans la culotte ? Voulais-je me saborder ?


Lui montrant ma maison, je lui montrais ma face et, en cela, la perdais.


Car à la vérité, tout, en elle trahissait, dès qu’elle vous enveloppait, ou même bien avant, en mirant sa façade, ses volets défraîchis, sa porte défoncée grossièrement retapée, attestait rudement, en toute crudité, sous une dure clarté cruellement éloquente, de ma situation réelle et non rêvée ou encore projetée (car des projets, ça, j’en avais ; eux, au moins, ne me manquaient point).

Ainsi donc, fatalement, à peine eut-elle posé son fessier rebondi sur les coussins fanés de mon vieux canapé acheté d’occasion, qu’Anita sut tout de moi et connut mon vrai visage.

Eveillée et perspicace, cette garce aventureuse vit de moi tout ce qui comptait et qui pût lui être utile eu égard à mon statut, tel que le lui exposait, ma coquille disloquée. Inconfort, vétusté, poussière, délabrement lui révélaient ma misère ou, du moins, mon dénuement.

Désormais, il était dit, écrit pour l’éternité que je boirais le calice que je m’étais préparé (j’avais noté concocté) jusqu’au bout, jusqu’à la lie.

Pour un besoin personnel, elle m’avait, dans la foulée - qui ne demande rien, n’a rien -, tapé de 1000 francs français ; j’ai vérifié : cette somme de 1000 qui fut notée, ainsi, toute nue, correspond bien à cette monnaie. Ce qui me rappelle, incidemment, que 2001 fut la toute dernière année de subsistance de cette devise en parallèle avec l’Euro, mais bon, passons.

Pour en revenir à nos moutons (what else ?), ainsi qu’au fameux dicton « Ce que femme veut, Dieu veut. », pouvais-je le lui refuser, décemment,  mes bien chers frères ?

Il faut faire plaisir aux femmes, c’est une des choses qu’elles exigent, leur faire plaisir et puis basta.

Gentilhomme comme je l’étais ou, du moins, y aspirais, je ne pouvais me dérober de cracher au bassinet pour honorer ma fiancée. C’est là que je fus perdu et que se rompit ma face, mon impuissance étalée, irrémédiablement cuit, piètre outsider que j’étais, poor loser au bord du vide.

Par ma carte, sollicité, en effet, une fois de plus - une fois de trop, assurément, mais chose promise, chose due -, le distributeur d’oseille n’avait nullement intention de me délivrer une telle somme, de me lâcher un tel pactole (ridicule pour un seigneur ; énorme pour un manant). Tout juste, lui extirpai-je 700, je ne sais comment, et ce fut tout… plus un centime.

D’entrée, j’étais déjà à sec ; ce qui nous change de « Lady bar », n’est-ce pas, les gars ?


Mon bon papa l’a toujours dit : « Il ne faut pas péter plus haut que son derrière ! ».

Dans ce cas, il n’y avait pas à dire, j’étais un sacré trou du cul.


C’est ce qui fit qu’elle accepta ma pauvre offrande avec dépit, affichant sa mauvaise humeur et son visage des mauvais jours, cette femme à qui, de cette façon, j’offrais mon sang généreusement mais pas assez, selon son goût, son point de vue particulier.

Mais qu’avais-je à redire là-dessus ? - Rien. Absolument niente ! Chacun prend le sien pour raison. Inutile de s’y attarder.

Mais cela, pour autant, me blessa rudement. Pas à cause de l’ingratitude (qui est la chose, dans ce monde, la mieux partagée, à coup sûr), mais, avant tout, parce qu’avec elle, se manifestaient au grand jour l’étendue de mon impuissance et ma cruelle position : Minable pion très éjectable, tout petit Blanc à peine solvable, I’m sorry, poor little dreamer !

C’était injuste mais comme ça.

Car, côté avenir, et pour me rattraper (j’avais déjà pas mal de miles qui s’affichaient à mon compteur ; mon horizon s’étrécissait), je n’avais pas, non plus, des tonnes de solution en réserve ou en vue, ni plus guère d’occasions pratiquement concrètes de sortir de l’ornière où je m’étais fourré, so many years ago, qui devenait un gouffre chaque jour qui passait.

Seule me restaient, en fait, pour sauver ma carrière, la divine Providence ou le divin Loto.

Mes entreprises à l’eau (toutes, sans exception), j’en étais à ce point.

Risibles espérances pour quiconque a du sens.

C’était, certes, un peu mince, parfaitement dérisoire, négligeable à ses yeux, hobbies si ridicules, voire, pire, un témoignage de mon esprit fêlé, et n’eut aucun effet pour convaincre Anita de rester avec moi, à Our, pour la soirée.

Ce n’était pas assez, 700, pour qu’elle restât, pour qu’elle me fît l’honneur de partager ma vie et, peut-être, mon lit quelques heures durant, en rêvant du printemps qui viendrait à son heure…

Qui n’était pas la sienne.

C’est ce qu’elle prétendit, après quelques instants, prétextant qu’elle devait rentrer absolument, ayant des choses à faire d’une suprême importance qui ne souffraient pas d’attendre… Moi, si, je le pouvais.

Car je n’avais plus rien, ce soir, à lui donner, ayant joué tapis d’entrée avec panache (stupidité, diront d’aucuns).

Oui ! Elle avait beau jeu et tous atouts en main. Elle avait empoché l’argent, en attendant. C’était un bon début - je dirais : excellent. On était samedi soir, en outre, bon créneau, bon soir pour travailler, faire cracher les michés. Elle pouvait espérer un bon chiffre affaires qui, venant s’ajouter à ce qu’elle avait déjà, lui ferait un magot, quelques économies, un pied pour voir venir, oublier ses soucis et se faire plaisir.

Comment la retenir ? Comment même y songer ?

J’étais fragilisé, honteux, tétanisé. Et rien autour de moi qui pût me fortifier, me fournir argument pour redresser la barre et remonter au vent, tel un bon capitaine. Rien que désolation, inconfort, vétusté, comme je l’ai déjà dit.

Insistant faiblement, sans jus, sans énergie (pour l’honneur, pour la gloire et pour des cacahuètes), pliant atrocement sous le poids éreintant des remords du passé qui revenaient en foule m’assaillir de revers, bientôt, je perdis pied, cessais tout résistance, complètement accablé, mou, démoralisé.

Ah ! Je l’avais amère ! De la gorge, en travers ! Touché-coulé again !

Je n’en fis rien paraître ou le moins que je pus. J’étais même soulagé, pour dire la vérité. Ce dur supplice, enfin, allait connaître un terme et mon humiliation, par la même occasion.

Et comme il me tardait de la raccompagner ! Comme je m’y empressais, dès lors qu’elle se leva et fit le premier pas pour sortir de chez moi !

Je ne la considérais plus, d’ailleurs, qu’avec mépris, un zeste de rancœur aussi, pour pimenter, cette putain qui m’avait dédaigné d’importance, retiré sa confiance et toute preuve d’affection, laissé raide, amoché, crever la gueule ouverte sur le carreau sanglant de ma déconvenue.

C’est donc avec plaisir que trois quarts d’heures plus tard, l’ayant véhiculée dans un certain silence qui en disait beaucoup (elle s’en fichait pas mal ; il y avait d’autres chats qui attendaient son fouet), je la laissai au cœur de sa chère Babylone, puis retournai à Our, me terrer dans mon trou.


Exceptionnellement, n’ayant le cœur à rien, ce soir-là, je m’étais alité de bonne heure.


Or, sur le coup d’une heure du matin ou deux, je ne sais plus bien, mon portable, soudain, sonnant, me réveilla.
Je saisis l’appareil et pressai le bouton. C’était - devinez qui ! - Anita qui parlait, à l’autre bout du fil. Quelle surprise merveilleuse, mais aussi inquiétante !

La ligne était mauvaise, sa voix m’arrivait mal et son maudit Anglais… Je compris cependant qu’elle voulait me revoir. - Quand ?  - Mais demain, par exemple ! Pas plus tard que demain, oui…

- « Come afternoon, about  three ! M’avait-elle dit.

- Pourquoi ? Why ? L’avais-je interrogée sur un ton militaire (j’étais encore fâché, rancunier envers elle).

Because I Want to see you ! Please, baby, come to see me ! Avait-elle lanciné d’une voix sensuelle.

- Où, ça ? Where ! Avais-je encore râlé, m’étais-je fait prier de tout mon mauvais gré.

- Howh ! Baby, you know where ! To my place ! S’était-elle récriée d’une voix étonnée.

- You mean rue Permentade ? M’étais-je fait préciser, moitié amadoué.

- Yes ! It’s my place ! You know it ! Come see me John, please ! I beg you ! S’il te plait, viens demain ! Je t’attends ! I wait for you ! It’s true ! So you have to come ! ».


Bien sûr, j’avais dit oui ! Comment faire autrement ? Vous me le donnez en mille ?


Mais plus question alors de dormir pour longtemps ; je ne fermais plus l’œil. Je tournais et virais, durant deux heures ou trois, entre télé, lecture, pét’ et méditation, puis j’en vins à la Bible que j’ouvris finalement, au hasard, Balthasar.

Celle-ci me déclara (je vous jure que c’est vrai ; ça c’est passé comme ça !), alors, au débotté :



« Le Seigneur dit à Osée :

« Va, prends-toi une femme se livrant à la prostitution

« Et des enfants de prostitution,

« Car le pays ne fait que se prostituer en se détournant du Seigneur. »


(Osée ; Livres prophétiques ; chapitre I, verset 2)




A suivre…


7 novembre 2007 - 1 commentaire
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Pourquoi Le blog du prisonnier?

 

Pourquoi « Le blog du prisonnier » ?






Je ne suis pourtant pas un taulard.



Je ne vous blogue pas from la zonzon de Gradignan ou de Muret.


Seulement de Our, de ma maison où je macère depuis 15 ans et des poussières amassées, sans perspective, sinon virtuelle de me sortir de ce pétrin, de cette résidence assignée, de ces travaux forcés sans fin, de mes soucis recommencés sans arrêt et ad libitum.


Ce n’est pas faute d’avoir tenté - Combien de fois ? Dieu seul le sait ! - de me sortir de ce cloaque où je mijote à petit feu, miné par le manque d’argent, figé par faute de moyens, histoire de prendre la fille de l’air, de me tirer pour voir, ailleurs, feue ma misère au grand soleil.


Mais, j’aurais mauvaise grâce, nonobstant, à me plaindre.

Foin des lamentations, des regrets, amertumes !

Adieu et bon voyage, mes illusions perdues !


J’ai été si prodigue et si aventureux, dépourvu de prudence, idiot et entêté que j’ai eu finalement ce qu je méritais - rien de plus, rien de moins, à ma juste mesure -, le droit de payer cash dégâts et pots cassés, en espérant qu’un jour s’efface mon ardoise ou que tournent les vents qui font tourner la roue.


« Tous se paye dans la vie. », dit la vieille maxime que tout le monde connaît. Elle a force de Loi universelle sur Terre. On n’y peut déroger - moi-même pas plus qu’un autre -, malgré les apparences d’impunité parfaite que peuvent avoir certains lorsqu’ils sont haut placés.


Mais aussi, « Rien ne dure. ». Pas même cette bêtise qui me sort par les pores, qui, pour les mêmes conneries toujours recommencées, m’a fait banquer franco et à répétition.


J’étais vraiment bouché, quand j’y songe à présent, insensible aux leçons que me donnait la vie, élève dissipé et très inattentif. Rêveur impénitent, drogué à l’idéal.

Seigneur ! Comme j’en ai chié ! J’en ai bavé des lacs !


Mais la vie c’est marche ou crève, pas question de s’arrêter.

Quittant Sodome et Gomorrhe, ne jamais se retourner.

C’est ainsi que j’avançais, guidé par ma bonne étoile,

Sans crainte de l’avenir, au vent neuf, hissant mes voiles,

‘Cause « I was born under a wandering star. »



Mais, je suis tombé si bas, dégringolant dans mon gouffre, tel un Lucifer lucide, privé de ticket de retour, jusqu’à toucher le fond des choses, patauger dans la boue du monde, le trou du cul de l’univers où je ne pus plus faire un seul pas, restais sur place, figé, collé.

Enfer ! Damned ! Malédiction !

A d’autres, messeigneurs ! A d’autres ! Je suis coincé, bel et bien, vrai, mais on ne me la fait pas, tout de même ! Voyez-vous, c’est plus fort que moi ! Je persiste dans ma volonté !


« Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ! », proclame le prisonnier, en exclusivité, à la face du monde. Un pauvre diable enchaîné, certes, mais pas maté ni formaté !


Ainsi, être un prisonnier (et en être pleinement conscient ; c’est l’unique condition) présente moult avantages qu’il ne faut point négliger.


  1. D’abord, on n’est pas tout seul, on est milliards dans ce cas (ou approximativement), sur cette prison-planète, qui rêvent de prison break. Ca vous met du baume au cœur, vous console de vos peines, vous enseigne la patience et la foi en votre chance qui ne peut que revenir (« Brazil », oui, mais au soleil ! Au soleil de l’espérance et de la fraternité où l’union fera la force).
  2. Ensuite, c’est bon pour l’esprit, ça vous dope les neurones, vous met en état d’éveil et de suprême attention dans cette unique intention qui s’empare alors de vous, en même temps que les barreaux et les murs de votre geôle se referment sur vos os.
  3. Ca devient votre obsession, votre unique idée en tête, seul moteur de création : S’évader ! Où ? Quand ? Comment ?
  4. Alors, on se met à l’œuvre, on se creuse les méninges, on cherche à y faire son trou, à percer cette muraille par où se jeter à l’eau pour nager loin d’Alcatraz, de Cayenne, Guantanamo ou encore du château d’If (chacun a son propre bagne, son propre pénitencier, dont il a perdu les clefs qu’il se damne à retrouver).
  5. On aimerait refaire le coup du fameux Edmond Dantès et découvrir, tout comme lui, le secret de Montecristo (pardon ! de Monteverdi) pour jouir de la liberté, ce trésor qui va avec… rutilant et ruisselant !
  6. En attendant ce grand jour… de gloire qui arrivera - « Allons enfants de la patrie ! » -, assurément, un de ces quatre, pour mieux supporter son bloc (en chantonnant Jailhouse rock), partager ses peines en stock, tirer un trait sur ses bogues, oublier ce qui a fait flop et communiquer sa foi en une belle possible et proche -  plus que nul ne le croirait -, on choisit de se mettre au blog.
  7. Pourquoi pas, se demande-t-on, s’attaquer à la Matrice (puisqu’on y est jusqu’au cou dans la merde qu’elle génère, à côté de ses merveilles), pourquoi pas de ce côté ? Pourquoi pas s’y infiltrer, y introduire quelques fils et se tisser dans la Toile ? Enfin, advienne que pourra !


C’est ce que fit le prisonnier, après mûre réflexion et une longue méditation :


Il se lança, à son tour, tel Ulysse (unité-lien) ou Thésée, le faiseur d’or qui estoqua le Minotaure (olé !), via Ariane on line chérie (il en eut bien quelques unes dans cette catégorie, il en eut sa bonne part), dans ce monde d’aventures inénarrables, innombrables, dans le réseau-labyrinthe, du cybermonde global, tel le surfer sur la vague.


Comme planche de salut, viatique, G.P.S., par dessus son épaule, il ne put emporter (la prudence s’imposait et la sobriété, s’il voulait réussir dans la Grande évasion), que le strict minimum qui tient dans ce qui suit :


Les pages de ce blog - ensemble de données collectées par V.S. et qu’on voudra bien lui faire l’honneur et la gentillesse de considérer comme un


 

“Petit traité de l’évasion à l’usage des anges en cage”.

 

Nota bene : Le prisonnier revient toujours sur les lieux de sa belle.

 

 

 

 

 

Nito Monteverdi.




Les chansons du prisonnier (”Je ne suis pas un matricule, je suis un homme libre!”).

Ecoutez ici les dernières chansons enregistrées par le prisonnier avant son interpellation, son assignation à résidence surveillée et sa mise aux travaux forcés dans l’île de Ré, ma belle adorée.

Mon 11 septembre 2001

Ecoutez ici la version audio

national_park_service_9-11_statue_of_liberty_and_wtc_fire.jpg Le 11 septembre 2007.

Mon « September, 11, 2001 »




Ce jour maudit, je m’en souviens, et je m’en souviendrai toujours, j’étais en visite à Bordeaux - post meridiem, pour être exact. Le temps était chaud et radieux tel qu’aujourd’hui, six ans après - un joli temps de fin d’été que l’on eut pu croire éternel (on sait qu’il n’en a rien été) -, hormis le vent (« An 2007, année du vent. » : c’est le dicton de l’an en cours), qui ne cesse guère de nous venter, ces temps derniers, dans nos quartiers. Donc, ce jour-là, dorénavant, à jamais, gravé dans le marbre, bien tristement, il faut l’avouer - notorious, dit-on en Anglais -, j’étais allé jusqu’à Bordeaux, ma ville-phare, mon port d’espoir où, couramment, je relâchais et où j’avais mes habitudes, afin d’y voir ma dulcinée, d’y rendre visite à ma poule, à ma chérie de ce temps-là…Quelle drôle d’histoire que notre histoire ! Je l’avais rencontrée sur les quais du Bordeaux de mauvaise renommée, ce quartier des plaisirs du quai de Paludate où je traînais parfois ou simplement passais en rentrant vers chez moi. C’était le 7 septembre, jour de la sainte Reine (ça ne s’invente pas), quatre nuits avant le D-day. Je l’avais remarquée déjà, précédemment et à plusieurs reprises, moi, circulant à bord de ma R 19 blanche (d’un blanc cassé, à dire vrai), ma voiture de l’époque, toute dernière, à ce jour où je n’en possède plus et ne bouge presque plus, non plus, mais bon, passons. Elle faisait le tapin spectaculairement, en tenue d’apparat de putain premier choix et d’un style épatant, sur un trottoir des quais à l’angle du sauna, pas très loin de la gare Saint Jean pour être exact. Dieu qu’elle était démonstrative et comme je la kiffai bientôt ! Comme elle me semblait à mon goût avec ses gestes et son bagout ! Vêtue d’un haut rouge très court qui mettait en valeur ses seins au modelé très excitant, ses épaules larges, ses bras charnus, son ventre rond appétissant, elle portait un jean taille basse - d’où dépassait un string coquin - qui moulait ses fesses superbes, son cul royal, cul africain. Dieu qu’elle était bien balancée, vraiment gironde, la gazelle ! A mon avis, irrésistible, terrassant toute concurrence par son allant et sa présence, son insolence et sa santé, sa personnalité hors pair, au point d’effacer ses consoeurs, de les rendre toutes invisibles à mes yeux captés dans ses rets, à mon cœur bondissant pour elle chaque fois que je la voyais, elle et elle seule entre toutes autres. Ah ! Certes oui, elle m’avait plu ! Or, ce soir-là où j’avais bu, je veux dire, siroté deux bières - je n’étais pas un gros buveur, pour vous parler en vérité -, en plus d’avoir fumé mon beuzz - ça, ça m’était plus coutumier -, faisant escale, près de la gare, en un bar-tabac fréquenté, excité comme je l’étais à force de fantasmer sur elle depuis plusieurs nuits d’insomnie multipliées par solitude égale ceci : J’avais exécuté, en désespoir de cause, en ma timidité ancrée de longue date, dans le quartier voisin dont nous avons parlé, quelques tours et détours pour me mieux motiver, passages et repassages comme, en reconnaissance, un éclaireur apache sur le sentier de la guerre, sans oublier l’angoisse qui m’avait tenaillé de ne plus la retrouver à mon prochain retour (embarquée par autrui, envolée avec lui), puis m’étais arrêté, enfin, à sa hauteur. C’était au crépuscule de ce long jour torride - ô, remember, my sweet ! Elle était devant moi, enfin, à quelques pas - ses compagnes de trottoir - une ou deux - non loin d’elle -, me tançant curieusement, mi provoc’ mi inquiète et moi, follement heureux et inquiet tout autant, baissant presto ma glace et montrant mon visage pour la rasséréner et ne point me griller. Telles étaient mes pensées en cet instant précis de grâce suspendue en pleine ignominie - rendu façon Mauriac -, sur les quais de Bordeaux (au singulier : Bordel), de la rencontre heureuse, pour ne pas dire fameuse (au moins, dans mon esprit), d’une putain nigériane et d’un client gaulois mélangé de Romain et, peut-être, de Juif, va savoir, mon ami… Alors, elle s’avança, s’accouda, se pencha et je vis son visage apparaître en gros plan dans le cadre formé, dans ma portière de droite, par la vitre baissée. Comme les autres putains qui étaient avec elle, elle était maquillée d’une façon outrancière mais, entendons-nous bien, pas dans le genre vulgaire. Son visage, en effet, était entièrement enduit d’un fond de teint d’une blancheur de lune, tel qu’en ont les augustes qui sont les clowns sérieux. Ses lèvres, à peine moins pâles, liserées au crayon d’un trait de couleur sombre et ses sourcils enfin, rasés, redessinés selon sa fantaisie en une courbe immense et détachée des yeux, tout cela lui composait, une face impressionnante, hiératique, glacée, apparentée au Nô, tel un masque martial qu’elle portait par défi et pour sa protection dans cette guerre des sexes qu’elle menait vaillamment sur la ligne de front, fantassin exposé mais, au fond, redoutable. - « Hello, chéwri ! fit-elle, m’adressant la parole, en guise d’introduction. Alors, comment ça va ? - Bien, ma belle, répondis-je, avec un grand sourire, attendant qu’elle me fît la proposition-type : - C’est vingt euros la pipe ; quarante euros l’amour ! précisa-t’elle, alors. - L’amour, lui répondis-je, tout aussi laconique et me penchant déjà sur mon siège de droite pour lui ouvrir la porte, le palpitant en liesse. - O.K. mon chéwri, let’s go, allons ! », rajouta-t-elle, là-dessus, avec désinvolture, s’apprêtant à monter. Mais une de ses consoeurs, l’interpellant alors et accourant vers elle… pour lui dire quoi, mon Dieu ? - refroidit mes ardeurs, me faisant redouter, dans la paranoïa qui m’envahit, du fait, je ne sais quelle rebuffade pour quelque obscur motif indépendant de moi et de ma volonté que je ne pourrais combattre, encore moins surmonter. Elles parlèrent, en effet, pendant quelques instants (avec force éclats de voix et gesticulations) en une langue étrangère, un pidjin où l’Anglais n’avait qu’une moindre part, bref, totalement opaque à ma compréhension. Comprenez la panique qui, du coup, m’envahit. Mais, concluant soudain cet entretien obscur d’un geste autoritaire (elle semblait la cheftaine de ces noires amazones), ma belle ouvrit enfin la portière et s’assit, tout sourire, à ma droite : Mon moral aussitôt remonta au zénith. « C’est une affaire qui roule ! », me dis-je en a parte. Puis, sans poser de question - j’étais bien trop content -, je mis mon clignotant, enclenchai la première, mis les gaz, déboîtai et vogue la galère dans le trafic du quai. - « What is your name ? lui demandai-je en manière de civilité, façon d’entamer, entre nous, le tissage d’une relation aussi superficielle fût-elle, et ne demandant quant à moi qu’elle ne s’approfondît bientôt… Car je l’avais déjà, ma foi, profondément under my skin ; elle me faisait vibrer, cette go ; ne me demandez pas pourquoi ! - « Oh ! You speak English ! Good ! My name is Anita, dit-elle, me répondant aimablement avec un sourire réjouissant, quoiqu’elle eût une voix profonde, grave, rude, bref, qui ne s’en laissait point compter. Mais mon Anglais la confortait ; nous pourrions mieux communiquer, d’autant plus que je lui plaisais, apparemment, un petit peu - il faut dire que j’étais beau gosse en ce temps-là… J’en ai des restes. - Anita ! répétai-je. Pretty name ! I like it ! ajoutai-je, la complimentant, d’autant plus sincèrement que quelque chose en moi me disait que cette fille, contrairement à tant d’autres que j’avais accostées sur les trottoirs de nuit, ne m’avait pas donné, en pâture, un pseudo, un nom de guerre idiot, prévisible, éculé. Oui. Considérant cette femme assise à mon côté et en vertu des ondes que je sentais passer entre nos corps voisins et que je percevais avec mon intuition qu’affinait la tension, l’extrême concentration où j’étais envers elle, je sentais follement ce prénom lui coller, symboliser vraiment et en toute clarté, son essence réelle. - And yours ? me répliqua-t-elle, visiblement flattée, prenant cet air intéressé qui me renvoyait la navette. - Mine ? My name is Juan ! Comme elle me le fit répéter deux ou trois fois (la jota n’est pas africaine!), n’arrivant pas à s’en saisir, je lui simplifiai ce prénom en John afin qu’elle pût enfin le prendre et le redire à mon égard. Ce qu’elle fit d’une voix affable, me souriant de toutes ses dents ; un sourire que je lui rendis de mes doux yeux les plus charmants. - So ! Where are we going to, now ? », eus-je encore le temps de lui demander, croyant qu’elle allait m’indiquer de filer tout droit sur le quai pour un petit moment encore, simple histoire de nous écarter un peu du centre d’attraction, vers un lieu cool et aéré, parking pépère, désert, paumé ou à peu près… Ah ! Je rêvais ! Voilà-t-il pas que cette donzelle, à tout le moins, imprévisible, s’avise soudain de m’ordonner, comme nous passons dessous le pont, le pont en fer du chemin de fer, de tourner là, left, tout de suite, juste après la baraque de frites, vers ce parking plein de lumière, outre qu’il est hyper booké et fréquenté à l’avenant. « Une exhibo, Merde ! Pas de pot ! », eussé-je aussi bien pu penser, mais je n’en avais guère l’idée tellement j’en étais stupéfié, saisi, contrit, décontenancé. Dieu ! Quel impair pour une idylle qui vient à peine de commencer ! Retour à la case zéro des illusions du pauvre con de micheton qu’était mézigues. N’osant pas protester, proposer autre chose, un autre monde possible - j’étais si timoré, si lent à réagir, encore, à cette époque, je manquais et je manque, toujours, de fluidité -, j’obtempérai bêtement à cette force publique d’un genre particulier ; peu après, me garai, non loin d’un réverbère, dans le fond du parking qui n’était pas profond : je m’y sentis coincé comme un rat débusqué. Que faire, alors, que faire ? Me connaissant assez, je ne pouvais que foncer, en avant, vaillamment, et la tête baissée. « Avant toute chose, faire face pour ne jamais la perdre. », telle était ma devise intime et implicite. Je stoppai le moteur, l’œil aux rétroviseurs guettant les importuns qui ne cessaient d’apparaître dans mon champ de vision à mon plus grand regret, à ma vive inquiétude de bourgeois exposé (je ne l’étais plus beaucoup, à dire vrai, dans mon cœur, bien que je n’eusse pas encore, réellement, sauté le pas). Pourtant, je lui donnais l’argent pour qu’on commence enfin notre commerce contre vents et marées, comme j’avais décidé, malgré tout, en mon for. A la grâce de Dieu ! Pour le reste, on verrait. J’étais terrorisé, je ne le lui montrais pas… Je est un autre, n’est-ce pas ? Un autre pan du Dieu, de la Divinité… Quoi ? Tu trembles, carcasse ! Hélas ! Je ne pus bander, à mon cruel dépit. Quelque effort que je fisse pour m’abstraire du contexte, cette mégère, en effet, nullement apprivoisée (saisie du bon côté, on peut l’imaginer, prise par le bon bout, c’eut été autrement, tout à fait différent), ne me faisait plus du tout rêver ni fantasmer ; le moment était cru, acéré, sans pitié, le feeling entre nous, glacé voire congelé ; nous étions, à dire vrai, à des milliers de lieues, l’un de l’autre, étrangers. Inutile d’insister. Bientôt, je lui jetai l’éponge à ma cruelle, à celle qui m’avait fait un coup si désarmant… Un coup que je n’avais su parer - « Si vis pacem, para bellum !  Eh !  Imbécile ! ». Peut-être pas vraiment méchant, au fond, voire innocent, sans intention de me léser et plutôt bête que méchant. Comment savoir réellement ce qu’elle avait dans sa caboche, cette chère âme, cette Anita, cette exilée from Nigeria, cette catin dévergondée, sans foi ni loi, cette ange étrange, noire geiko grimée de blanc ? Comment savoir ? Au bénéfice du doute et de la meilleure grâce que je pusse trouver dans mon cœur doux froissé, sans compter mes ardeurs frustrées et, ô, combien ! - Combien j’étais déçu ! Mais je restais stoïque, pour autant, gentleman -, - elle l’avait constaté, du reste et forcément -, je ne pus faire autrement que de lui confirmer de manière officielle, en quelques mots navrés, l’évidence suivante : Que le pauvre Bibi renonçait piteusement à son glorieux dessein de la pénétrer toute, sur le champ, hardiment, sur le champ de bataille horriblement sinistre de sa déconfiture. Battu à plate couture, là, en pleine lumière - il s’en fallait de peu -, je rangeai honteusement l’engin dans mon caleçon où se dissimula sa triste flaccidité, loin des regards avides de voyeurs de hasard qui toujours surgissaient en cet enfer sordide où, diaboliquement, j’étais emprisonné. Je me reboutonnai, tristement, silencieux, tout à fait dégrisé : Finie, ma rêverie, le charisme, l’envolée… Atterrissage forcé. Pas de casse heureusement… Sinon quelques billets que je ne reverrais plus. Pas question, naturliche, de les lui réclamer ; cela ne se faisait pas chez moi ni chez quiconque qui fût civilisé. J’étais au-delà de ça : pauvre mais responsable. Je n’avais, dans tout cela, qu’à m’en prendre qu’à moi et à nul autre au monde. Mon Anita, ma belle, j’en étais convaincu, ne me les rendrait point et elle aurait raison. Il n’y avait pas lieu ; elle était dans son droit : elle avait fait son job jusqu’au bout et pas moi. Puis, perdu pour perdu, reprenant le volant et remettant en marche mon humble automobile, je m’apprêtai enfin (je la jouerais fair play jusqu’au bout cette affaire) à la raccompagner jusqu’à son port d’attache, cette vedette pirate qui m’avait torpillé. Néanmoins, la poulette ne paraissait pas fière. Elle semblait contrariée, perturbée en son cœur ; peut-être même un peu vexée d’avoir échoué si piteusement à m’exciter suffisamment pour que je jouisse pour sa pomme, pour son sex appeal sidérant. Toujours est-il, alors, que contre toute attente - je n’espérais plus rien ; j’attendais seulement d’être seul à l’écart pour mieux tirer un trait sur cette idylle défunte avant d’avoir pris corps, sur cet amour mort-né - quel dommage, en effet ! -, toujours est-il qu’à l’improviste, en me dévisageant gravement mais d’une voix accorte et douce, comme qui demande une faveur ou, du moins, offre un soulagement ou un lot de consolation, elle me déclara ce qui suit et qui redora mon blason et me remit du baume au cœur à profusion, je vous l’assure ; je vous traduis : - « Ah ! C’est stupide ! John, si tu veux, on pourrait se revoir après ! Viens tout à l’heure, vers les deux heures, quand j’aurai fini mon business ! Tu pourrais venir me chercher ! Je serai là, je t’attendrai ! - Où ça ? - Ici ! Au même endroit ! Tu m’y trouveras, je serai là, c’est mon endroit ! - O.K., d’accord ! Je reviendrai ! Vers les deux heures… je reviendrai ! Oui, sans